I Blame You
par Obits

Sortie : 24 mars 2009
Label : Sub Pop
Stéréotypes : Rock, Rock, Rock
Liens : MySpace – Ecouter – Télécharger
Rick Froberg (ex-Hot Snakes) revient avec son nouveau groupe, les Obits (comprenez nécrologie) qui a sorti le 24 mars dernier son premier album, I Blame You. Une phrase pourrait résumer l’esprit des quatre Obits : « si le rock est mort, on joue à son enterrement ». Aucune ambiguïté, on a affaire ici à un disque de rock’n’roll, signé chez Sub Pop, ce qui ne présage (en général) que du bon. Avec une pochette moche comme une courgette mal décongelée, I Blame You m’a pourtant instantanément convaincue.
Putain, encore des types de Brooklyn. Sérieusement, y en a marre. D’accord, il faut se réjouir que des groupes pareils éclosent encore aujourd’hui, alors qu’il paraît que la musique vit ses pires heures (quelqu’un y croit encore à ce bobard ?). Mais merde, faut-il qu’ils aient tous leur QG dans le même petit bout de territoire ? Il doit y avoir une nouvelle drogue qui traîne du côté de la 4ème avenue.
Découvert via Planet Gong (que je vous recommande chaudement), voici donc les Obits, formés d’un ex des Hot Snakes et de trois autres baroudeurs du rock underground américain, qui se sont rencontrés après la dissolution des serpents chauds en 2005.
Rapide état des lieux de leur premier disque : pas de concept, pas de grosses nouveautés sonores, pas de textes révolutionnaires, strictement RIEN de cool, hype, à la mode. Les Obits sont en quelques sortes des soldats du rock. Fière formation composé de deux guitaristes-chanteurs (Rick Froberg & Sohrab Habibion, avec son nom à coucher dehors), d’un bassiste génial (Greg Simpson) et d’un batteur musclé (Scott Gursky), les Obits font les choses de manière carrée. Ils vont même jusqu’à reprendre « Milk Cow Blues », un morceau de blues des cavernes écrit par Kokomo Arnold dans les années 1930.
Rien de neuf, mais bon sang leur rock aux influences sixties est exécuté de main de maître et une précision complètement dingue. Tous les titres s’enchaînent sans aucun accro et le disque peut tourner des heures sur ma platine sans que j’ressente la moindre lassitude. Les albums comme ça sont rares, je peux vous le dire. J’vous parle là de groupes comme les Yardbirds, Led Zeppelin, The Go! Team, Sonic Youth, les Stooges… Tous ces groupes ont fait évoluer la musique, ce n’est pas le cas de ces quatre gus approchant gentiment la quarantaine, 41 pour Froberg.
Forcément (bé oui) à cet âge-là, il devient de plus en plus dur d’avoir dans sa voix la rage nécessaire qui permette au critique de parler des Stooges. On se rapproche plus du branleur Craig Nicholls (The Vines) un peu fatigué que d’un Iggy Pop surchauffé époque Cincinnati. Mais tout ça n’empêche de brailler avec lui sur « Pine On » ou « Talking to the Dog », même si le songwriting pêche par sa complète absence d’intérêt. Parallèlement, on enregistre plus un album de rock comme on l’enregistrait en 1969 et les Obits ont dû batailler pour « rendre ce disque un peu plus crade » (cf: interview dans le R&F de juillet), fuyant une production « immaculée » et recherchant un son « garage ». De ce côté-là, ‘faut avouer que c’est un peu raté. Forcément, à la 38ème écoute, ces défauts commencent à se faire ressentir.
Mais les 37 écoutes précédentes sont de purs moments de rock’n'roll, de pur bonheur musical. Celui d’un album de rock, déjà, et d’un album de rock qui ne tombe pas dans le piège du garage inécoutable, cloîtré entre 4 murs de son infranchissables pour l’auditrice, et qui envoie un rock frontal qui a 90% de chances de me faire enlever mon casque après 15 secondes d’écoute. Le rock des Obits est à la fois mélodique et libérateur. Il contient à la fois assez de groove pour danser dessus et assez de puissance pour vous faire perdre tout self-control (il y a tout un tas d’exemples qui me viennent à l’esprit, je vous laisse utiliser votre imagination). Les changements de rythme du batteur sont imparables (« Talking to the Dog », encore, ou encore le terrible « Widow of My Dreams » qui m’éclate autant qu’un bon Sonic Youth qui auraient abandonné leurs pédales à effets), les guitares entremêlées se chevauchent aussi admirablement que celles du Black Rebel Motorcycle Club, autre groupe de rock primal et sans ambitions innovatrices de premier rang, mais que j’écouterai encore dans 50 ans (inch’allah).
C’est pas aussi génial que les Hot Snakes, ça se révèle au final un peu prévisible au moment où on a compris à quoi on avait affaire, mais c’est presque aussi enthousiasmant que le BRMC et un nouvel album des Pixies réunis, c’est aussi salvateur qu’une douche froide après un concert de RZA à l’Elysée Montmartre (big up) et au final c’est tout simplement délicieux.
Grosses mentions spéciales à « Two-Headed Coin », ses textes croustillants et son groove imparable, et l’espèce de ballade rock whitestripesque (ou stonien, c’est au choix) « Back and Forth » qui clôt le disque. Surprenante est l’incursion du groupe dans un style carrément britpop avec « Run », chanté par Habibion. C’est sûr, Drive Like Jehu, le premier groupe très expérimental de Rick Froberg, n’est pas de retour avec les Obits, et je ne peux m’empêcher de penser que j’aime terriblement ce disque car des « grands » disques de rock en 2009… bin il n’y en avait pas encore eu. Celui-ci en est un : du très bon, du très efficace rock’n'roll américain. Et rien à foutre si ça sent un peu le réchauffé.
J’vous propose d’écouter « Talking to the Dog », et si ça vous fait penser au meilleur Rolling Stones, alors on est deux. L’intégralité de l’album est écoutable sur Spotify, cliquez sur « Ecouter » là-haut.
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
Eddie Williamson ‒ 1 juillet 2009