CLOUD NOTHINGS   Attack on Memory (2012) image photo pochette cover

CLOUD NOTHINS
Attack on Memory

(Carpark, 2012)

par Eddie

Dylan Baldi, 20 ans, ne paye pas mine : avec sa tête de gentil nerd, ses lunettes et ses chemises à carreaux, je l’imagine plus en figurant dans The Big Bang Theory que sur scène à hurler ses tripes à la Kurt Cobain, ou en studio produit par Steve Albini (Nirvana, Pixies, Manic Street Preachers…) ! Depuis fin 2009, Baldi enregistre des morceaux dans la cave de ses parents et les met en ligne sur le net. Blogueurs et webzines ont vite accroché, les concerts se sont multipliés, le premier album a connu un joli petit succès, et le second devrait suivre la même voie.

Je n’avais pas complètement accroché à Cloud Nothings quand le buzz a commencé à monter. A l’époque j’en parlais comme d’un « gosse de 18 ans, énième sensation lo-fi américaine, au rayon pop-punk cette fois-ci », et quand le premier album est sorti : « c’est gentiment pop et ça parlera plus aux teenagers qu’aux autres ». Pourtant à chaque fois, j’ai pris le temps de faire un petit article, c’est donc que malgré tout, je voyais en Cloud Nothings quelque chose de prometteur. Une fois n’est pas coutume, je ne me suis pas trompée car de faiseur de singles sympathiques, Dylan Baldi est clairement passé à l’étape suivante avec ce deuxième album. Il y a d’abord eu le fait de travailler avec d’autres musiciens, plutôt que de jouer à l’homme-orchestre dans une cave. Ensuite il y a eu l’expérience de la scène, car Baldi et son groupe n’ont eu de cesse de faire des concerts aux Etats-Unis en 2010 et 2011. Avec un producteur aussi connu, il est difficile de ne pas imaginer qu’il ait eu de l’influence sur leur son, mais je n’étais pas en studio avec eux, ne supputons donc pas.

Cet album part, d’un point de stylistique, dans tous les sens. On y trouve du grunge, de la pop-punk, des moments de pur noise, du garage-rock… Dylan Baldi se définit comme un « music nerd », autant vous dire que le bonhomme en connaît dix fois plus que vous et moi sur les styles-phare des années 90, qui sont prédominants sur ce disque. Je ne saurais pas dire si c’est un défaut ou non, parce que pour le moment je suis encore en pleine lune de miel avec cet album donc je n’arrive pas à en dire du mal, mais j’ai parfois l’impression d’écouter un album de revival, tant les codes de chaque style abordé sont respectés avec précision. Avant ce disque, Cloud Nothings faisait essentiellement de la pop-punk, et déjà là c’était difficile de ne pas penser à Blink-182 et consorts. Avec Attack on Memory, Dylan Baldi reste bien ancré dans les années 90, mais cette fois je pense plus à Nirvana, Sonic Youth, Wire ou Teenage Fanclub. Et aussi aux Vines.

J’en ai pas grand-chose à faire, parce que « No Future/No Past », « Wasted Days », « Separation » et « No Sentiment » sont parmi les meilleurs morceaux de rock d’une efficacité monstre. Les trois minutes de l’instrumental « Separation » sont über-wunderbar. Genre, vraiment. Le genre de morceau qui me met bouche bée, pas parce qu’il redéfinit les codes de la musique contemporaine, mais juste par sa puissance et, soyons fous, sa perfection. « Wasted Days » est en grande partie instrumentale également et bon sang d’bois, neuf minutes, c’est encore trop court. Cloud Nothings a laissé tombé le lo-fi, et la voix de Dylan Baldi se fait plus claire et ravageuse. Je trouvais dommage qu’il perde son temps avec sa pop-punk blink-182ienne, pour être honnête, alors le voir évoluer vers des styles qui me plaisent mieux, sans perdre sa capacité à pondre des mélodies accrocheuses, ça m’enchante. « Stay Useless » est sans doute le morceau qui se rapproche le plus de ses précédentes créations et, comme avant, je trouve ça trop léger et teenage-friendly, mais je ne peux pas m’empêcher de parler de « plaisir coupable ».

Attack on Memory est donc la première grosse bonne surprise rock de 2012, avec à l’intérieur des morceaux qui vont, je le sais déjà, faire un bout de chemin avec moi.