Warm Heart of Africa
par The Very Best

Sortie : 21 septembre 2009
Label : Moshi Moshi / Cooperative Music
Stéréotypes : World Music, Electro, Pop
Liens : MySpace
Radioclit et Esau Mwamwaya se sont rencontrés à Londres. Ça change des artistes qui se trouvent via MySpace ! Esau bossait dans une boutique située à mi-chemin entre l’appartement de Johan et Etienne, les deux membres de Radioclit. Etienne lui achète un vélo – pourquoi pas – et l’invite à sa pendaison de crémaillère. Quelques bla-blas et une production de l’album solo d’Esau plus tard, le groupe est né (bon, je schématise un peu). Le duo Radioclit est déjà connu à l’époque pour ses collaborations avec M.I.A., TV on the Radio, Soko… Warm Heart of Africa est le premier album de The Very Best, après une mixtape qui a permis au monde de s’habituer aux nouvelles sonorités mises au point par le trio.
Warm Heart of Africa est un disque qui me fait vraiment, mais alors vraiment plaisir. Vous savez si vous suivez ce blog depuis un moment que j’adore un monsieur qui s’appelle Fela Anikulapo Kuti, que je mets volontiers au même niveau que Jimi Hendrix en termes de génie et d’influence. M’sieur Kuti a été ma porte d’entrée vers ce qu’on appelle la « world music », les « musiques du monde » c’est-à-dire toutes celles qui ne font pas partie des principaux courants occidentaux et qui contiennent des composantes ethniques ou traditionnelles. Le terme « world music » m’emmerde, parce que quand je parle d’afrobeat ou du son cubain à des proches, j’suis obligée de préciser que c’est de la « world music » et là j’ai souvent un « ah ! » et je sais que ce mot, créé pour le marketing et pour faciliter le boulot des disquaires, va ranger les artistes dont je parle dans une petite case dont ils ne vont plus jamais sortir.
Mais en même temps, c’est normal. Le pop-rock n’a pas d’attaches nationales alors que le son cubain par exemple… L’afrobeat est un peu différent, même s’il est toujours largement associé au Nigéria et à toute la descendance de Fela Kuti. Bref, tout ça pour vous dire qu’on, que je ne parle pas assez des musiques qui sortent du cadre traditionnel rock/pop/rap/électro car nos cages à miel ne sont pas assez familiarisées avec ces « composantes ethniques ou traditionnelles » (j’ai pompé ça sur Wikipédia). J’suis comme vous, je n’écoute et ne parle que des choses qui me tombent dans les mains.
C’est pour ça que Warm Heart of Africa me fait plaisir à des tas de niveaux. Déjà, c’est un putain de bon disque, mais j’y reviendrai. Car avant tout c’est un disque de « world music » qui va faire parler de lui, c’est un disque que je n’ai pas eu à aller pêcher dans un bac perdu au fin fond d’une boutique de disquaire ou dans un coin reculé de la Fnac, non, non, on me l’a amené sur un plateau. J’crois que c’est le premier disque hors-rock/pop/rap/électo qu’on me propose.

The Very Best : Etienne Tron, Esau Mwamwaya, Johan Karlberg (photo : FADER)
Certes, c’est pas non plus un album de « world music » classique. The Very Best, c’est l’association fructueuse de Radioclit, un duo de DJ/producteurs (le Français Etienne Tron et le Suédois Johan Karlberg), et d’un chanteur malawien rencontré à Londres, Esau Mwamwaya (ça doit faire 12 fois que j’écris son nom, impossible de le retenir, voilà encore un des problèmes de la world music, ils pourraient pas tous s’appeler John Lennon, sérieux ?). Les types de Radioclit se décrivent très bien eux-mêmes : ce sont des « Indiana Jones soniques », des « défricheurs », des types qui parcourent le monde jusque dans des coins improbables trouver des rythmes jusqu’ici inconnus de nous, pauvres Occidentaux blanchâtres avec nos casques Sony à 400€.
Mais ne vous y trompez pas, le premier album de The Very Best n’est pas un disque d’électro avec quelques petites touches de djembé par-ci par-là. Tutut’.
Ce que j’aime dans la « world music », ce sont ces rythmes qu’on ne retrouve que quelques fois dans l’électro, mais beaucoup, beaucoup trop peu. Ces rythmes que j’qualifie toujours d’imparable en ce qu’il vous font bouger votre cul dans la seconde. J’écris cette chronique avec devant mes yeux un ciel gris, une tempête se préparant. J’ai dans les oreilles « Yalira », qui ouvre l’album, et j’peux vous dire que ça me faire presque mal d’avoir à ouvrir les yeux pour écrire ses lignes, parce que je préférerai les fermer pour prendre un aller simple vers un endroit où cette musique est jouée. Peu importe si c’est au Malawi ou dans un club londonien branché où officie Radioclit, parce que cette musique aux rythmes originaux et fabuleux, boostée, magnifiée même par les soins de ces deux géniaux DJs, c’est du PUR bonheur.
La recette ne marche pas à tous les coups, « Chalo », « Mfumu » et « Zam’dziko » me laissent un peu sur ma faim, mais – alors que la pluie commence à tomber chez moi – prenez « Warm Heart of Africa » sur laquelle Ezra Koenig de Vampire Weekend pose sa voix : comment ne pas aimer cette chanson ? Cliquez sur play et en 2 secondes vous vous retrouverez sur une plage je-ne-sais-où, le soleil tapant comme jamais, en plein milieu d’une fête estivale, ou peu importe où en fait, tant qu’il y fait chaud et que vous vous y sentiez bien.

Voyage en terre inconnue : The Very Best découvre Dunkerque
C’est de la pop, quoi. De la pop très facile à écouter, easy-listening, gonflée aux rythmes afro et portée par la voix délicieuse de Esau Mwamwaya. J’ai lu quelque part que le terme « ghetto pop » avait été adopté par le groupe : ils font une musique brute, sans trop de fioritures, sans instrument superflus, de grandes orchestrations prétentieuses, mais sans jamais tomber dans le minimalisme ou les expérimentations électro difficiles à digérer. La musique de The Very Best respecte ce qui fait l’essence de la musique africaine : le rythme. Le boulot sur les rythmes est ahurissant, ils utilisent des tonnes d’astuces pour rendre chacun des morceaux du disque unique et extrêmement jouissif. Ils ont emprunté, se sont approprié des rythmes venus des différents styles de musique africaine qui sont nés un peu partout sur le continent, ils les ont mélangés, re-travaillés, pour livrer un album débordant d’idées, d’expérimentations.
Liste de lecture
YaliraChaloWarm Heart of AfricaMwaziNsokotoAngondeJuliaMfumuNtende UliRain Dance (feat. M.I.A.)KamphopoKada ManjaZam’dzikoEsau Mwamwaya chante en chichewa (langue officielle du Malawi) donc forcément, j’y comprends rien. Mais bon, il facile de comprendre qu’il ne parle pas des jolis paysages du Malawi dans « Nsokoto » et « Ntende Uli », qui sont presque aussi sombre et dramatique qu’un morceau de Fever Ray et qui sont deux des plus belles chansons du disque. Le fait de ne rien, ou presque, comprendre aux paroles va faire de beaucoup de ces morceaux des tubes dancefloor carrément imparables, comme « Rain Dance » (featuring M.I.A.) ou « Kada Manja », ma préférée. Cette chanson existe en version « classique » sur la mixtape qui avait fait beaucoup parler d’elle sur le net, mais celle de l’album est une bombe, la recette électro-world n’ayant jamais aussi bien marché, les violons faisant même se dresser les poils sur les bras. Une merveille. « Julia » est elle aussi une des grandes chansons de cette album, avec ses puissantes boucles électro, couplées à la voix suave d’Esau.
J’allais mettre 4 étoiles à ce disque car il y a quand même des choses qui sont moins bonnes que d’autres… J’ai cité « Zam’dziko » plus haut, et voilà qu’elle repasse dans mes oreilles à l’instant, et bon sang, qu’est-ce que c’est beau quand même. Je crois que plus je vais écouter ce disque, plus je vais l’aimer. Un des grands disques de l’année sans l’ombre d’un doute. Un album qui ouvre de nouvelles possibilités soniques, va faire des émules, va faire danser des millions de gens… The Very Best est assis sur une mine d’or sonore et ce disque n’est qu’une première étape (une deuxième, si on compte la mixtape déjà culte).
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Radioclit et Esau Mwamwaya se sont rencontrés à Londres. Ça change des artistes qui se trouvent via MySpace ! Esau bossait dans une boutique située à mi-chemin entre l’appartement de Johan et Etienne, les deux membres de Radioclit. Etienne lui achète un vélo – pourquoi pas – et l’invite à sa pendaison de crémaillère. Quelques bla-blas et une production de l’album solo d’Esau plus tard, le groupe est né (bon, je schématise un peu). Le duo Radioclit est déjà connu à l’époque pour ses collaborations avec M.I.A., TV on the Radio, Soko… Warm Heart of Africa est le premier album de The Very Best, après une mixtape qui a permis au monde de s’habituer aux nouvelles sonorités mises au point par le trio.
Eddie Williamson – 17 juillet 2009 – Lien à partager :