Difficile de croire que les Flaming Lips font de la musique ensemble depuis plus de 26 ans maintenant. Depuis plus d’un quart de siècle, la bande de Wayne Coyne s’est construite une réputation de défricheur rock, de doux dingues expérimentaux aux concerts légendaires. En ce qui me concerne, je trouve que la discographie du groupe est en dents de scie. Je n’accroche pas à leurs premiers disques, j’trouve The Soft Bulletin et Yoshimi… fantastiques, leur avant-dernier disque m’a particulièrement déplu… Cette fois, Embryonic constitue un pic.
Un pic épique (pardon… un jeu de mots aussi pourri, je ne pouvais me permettre de ne pas le mettre). Mais tous les morceaux ne me plaisent pas non plus. C’est toujours pareil avec les groupes expérimentaux, a fortiori avec les groupes qui vous pondent un double-album de 18 titres au moment où certains déclarent que ça ne sert plus à rien de faire des albums. Sortir un tel objet relève tout autant d’une ambition démesurée qui caractérise les Lips depuis quelques albums, mais aussi de l’audace artistique qui les caractérise depuis toujours. Plus dingue encore, le coffret deluxe tout en fourrure, politiquement incorrect, et qui me donne beaucoup envie. D’ailleurs les sorties machins deluxe se multiplient en ce moment, c’est mon compte en banque qui va souffrir.
Vous l’avez lu à la ligne « Stéréotypes » là-haut, j’ai écrit « Expérimental ». J’ai toujours peur qu’utiliser ce terme effraye une partie d’entre vous. J’me faisais récemment la réflexion que depuis que j’ai commencé à écrire ici, j’écoute de plus en plus d’albums bizarres. Des trucs qui m’auraient probablement rebutée il y a un an ou deux se retrouvent dans mes disques préférés (il y en a quelques-uns dont je dois encore vous parler). À l’heure où tout est disponible instantanément sur Internet, où une chanson qui marche sera une chanson qui accroche l’auditrice lambda en moins de 15 secondes, où beaucoup d’artistes se contenteraient, en trouvant une jolie ligne mélodique, de lui coller dessus des paroles navrantes, je prends un plaisir fou à découvrir des morceaux complexes qui demandent que l’on prenne son temps pour les laisser nous accrocher et nous emmener loin, très loin.
Embryonic est donc un plat de choix pour la musicophage exigeante que je suis devenue. Les Flaming Lips n’entrent jamais – dans ce disque – dans les schémas habituels. Il n’y a pas de morceaux « tubesques », rien de « radio-friendly ». Autant vous le dire tout de suite, c’est bizarre. C’est pas avant-gardiste dans le pur sens du terme, sans doute un peu conceptuel (il y a quand même une citation d’un mathématicien allemand à un moment), certes, mais ça reste surtout une musique assez délirante.
En gros, si vous trouver Dark Side of the Moon complètement inaccessible pour vos oreilles, vous n’aimerez sûrement pas ce disque ! Pink Floyd est d’ailleurs le nom qui m’est venu le plus souvent à l’esprit (en particulier sur « Gemini Syringes » et « Evil »). C’est l’influence la plus évidente. Spatial, psychédélique, toute en sublimité et grandiosité.
Même quand certains morceaux semblent avoir été enregistrés dans un garage, notamment « Worm Mountains », avec un featuring de MGMT (il faut le savoir pour l’entendre, pareil pour les participations de Karen O sur « I Can Be a Frog », un morceau très drôle qui n’a quasiment rien à voir avec le reste), ils conservent ce côté grandiose et démesuré. Enregistré dans un garage, peut-être, mais alors un garage en gravitation dans l’espace autour de Pluton (cette image devrait d’ailleurs plaire à Wayne Coyne, fan de science-fiction un peu cheap). Épique.
Les paroles de Wayne Coyne sont répétitives, entêtantes, réflexives. Je n’ai pas vraiment cherché à comprendre leur sens, intellectualiser les choses m’emmerde un peu. L’architecture complexe, subtile, des morceaux me fascine, mais les Flaming Lips oublient parfois de contenter l’auditrice en lui fournissant ce que les anglo-saxons appellent un « climax », un point culminant, un sommet émotionnel, un moment exceptionnel qui vient parachever le morceau, ‘voyez. En fait, les moments exceptionnels ont tendance, lors des premières écoutes, à éclipser les moments moins exceptionnels. Ou alors ces derniers servent de faire-valoir aux premiers, préparent à la gifle du morceau qui suit. La recette fonctionne très bien dans le premier disque. Mais dans le second, certains morceaux sont vraiment anecdotiques par rapport au reste. Anecdotiques car ils n’ont simplement pas réussi à m’accrocher. Ça ne tient pas à grand-chose, surtout quand j’ai affaire à une musique aussi complexe. Je trouve « Scorpio Sword » trop courte, « The Impulse » m’endort, « Sagittarius Silver Announcement » est inintéressante, « If » m’endort aussi… C’est surtout quand je les compare aux morceaux vraiment exceptionnels qu’ils ont tendance à être éclipsés.
Les écoutes répétées gomme un petit peu cet aspect : l’abrasif « Your Bats » qui m’avait vraiment déplu lors des premières écoutes m’a véritablement explosé au visage lors de l’écoute précédant l’écriture de cette critique. J’aime bien les albums comme ça, quand vous savez que vous pouvez y retourner en sachant qu’un nouveau morceau peut se détacher du lot pour une raison ou une autre. C’est ce genre d’album qui me fait penser que les albums sont faits pour durer. C’est une oeuvre. Une véritable oeuvre, presque tangible, cohérente, même si je ne saurais en parler sans placer le mot « délirant » dans la conversation.
L’album débute avec le bizarrement funky « Convinced of the Hex » qui ne m’a pas laissé beaucoup de temps pour m’adapte. Tout de suite plongée dans l’univers étrange, presque mystique parfois, de cet album. Je ne saurais trop m’attarder à décrire les morceaux exceptionnels, ce serait vraiment peine perdue. Simplement, ne passez pas à côté de « The Sparrow Looks Up at the Machine », « Aquarius Sabotage », « See the Leaves », « Powerless », « The Ego’s Last Stand », « Silver Trembling Hands », « Virgo Self-Esteem Broadcast ».
« Sea the Leaves » et son revirement incroyable, « Powerless » le point culminant de tout l’album, le rageur « The Ego’s Last Stand »… Et puis « Virgo Self-Esteem Broadcast » dans lequel on peut entendre bruits de singes ou d’oiseaux, j’sais pas trop, et Wayne Coyne chanter « this is the beginning », comment ne pas penser alors à 2001… de Kubrick… Enfin voilà, c’est un album remplis de morceaux d’richesse incroyable, qu’il serait beaucoup trop prétentieux de vouloir résumer.
Les Flaming Lips sont encore et toujours l’un des groupes les plus créatifs du monde, ils le prouvent de manière majestueuse avec Embryonic qui, malgré plusieurs morceaux anecdotiques selon moi, va s’imposer, j’en suis sûre, comme l’une des pierres angulaires du groupe. Il y a beaucoup trop de bonnes choses sur cet album pour que vous passiez à côté.
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Difficile de croire que les Flaming Lips font de la musique ensemble depuis plus de 26 ans maintenant. Depuis plus d’un quart de siècle, la bande de Wayne Coyne s’est construite une réputation de défricheur rock, de doux dingues expérimentaux aux performances live légendaires. En ce qui me concerne, je trouve que la discographie du groupe est en dents de scie. Je n’accroche pas du tout à leurs premiers disques,
The Soft Bulletin et
Yoshimi… sont fantastiques, mais leur avant-dernier disque m’avait particulièrement déplu.
Embryonic constitue un pic, un retour en grâce du groupe dans mon estime personnelle si vous voulez. Bref, une réussite.
La suite… Eddie Williamson – 24 octobre 2009 – Lien à partager :