LOWER DENS   Nootropics (2012) image photo pochette cover

LOWER DENS
Nootropics

(Ribbo Music, 2012)

par Eddie

Voilà le genre d’album pour lequel je me dis qu’il faudrait que j’écrive quelque chose de différent, une critique qui soit vraiment une critique, ou une chronique qui ressemble un tant soit peu à une chronique et non pas l’habituel tirade eddiefiante pleine de métaphores et d’explication bancales de ce qui se passe dans les différents organes de mon corps qui sont affectées par la musique (leur nombre ne cesse de grandir, ça devient flippant). Mais je dois avouer mon impuissance. Cet album m’impressionne et m’hypnotise, mais la raison m’échappe.

Je n’ai pas de mal à expliquer pourquoi un album de rock’n'roll m’emballe, ou pourquoi un album de folk me séduit. Leurs auteurs, mes goûts, ma petite histoire personnelle, il est facile avec tout cela de tisser des liens et de trouver une explication rationnelle au plaisir divin que je ressens en écoutant la musique. Il est toujours difficile, pour moi en tout cas, d’abandonner toute résistance et laisser la musique pénétrer et dicter mes pensées. Je suis du genre à mourir de rire quand on essaye de me faire faire des exercices de relaxation, et je pense qu’il est impossible de m’hypnotiser. Les synthétiseurs répétitifs de « Alphabet Song » ou la batterie, toute aussi répétitive, de « Brains » et « Stem » (mes deux morceaux préférés), agissent en quelque sorte comme une sorte de drogue qui permet de faire tomber cette muraille intérieure qui empêche d’apprécier une œuvre de la plus absolue des manières.

Une fois cette première étape franchie, me petit monde de Nootropics se laisse découvrir avec une petite note d’appréhension. Leur musique est inspirée par Kraftwerk et Eno & Fripp, d’après la chanteuse Jana Hunter, dont la voix envoûtante me fait penser à une version plus mystique et habitée de celle de Victoria Legrand de Beach House. Je pense qu’ils ne m’engueuleraient pas si j’ajoutais Pink Floyd comme influence. C’est le seul groupe que je citerais si je devais recommander cet album à un ami. Il y a cette même façon de créer une tension, de prendre son temps pour peindre un paysage sonore très détaillé, d’utiliser des techniques de studio pour enrichir l’expérience sonore des auditeurs.

Nous sommes nombreux, d’après ce que j’ai pu lire ici et là, à avoir exactement la même réaction à l’écoute de ce disque : nous relançons la lecture. Le petit monde de Nootropics, aussi brumeux et étrange soit-il, se révèle être étonnamment confortable. Cela me rappelle certains romans fantastiques ou noir que je lisais et relisais à une époque, juste pour entrer et vivre quelques heures dans le monde qu’avait créé l’auteur. Aussi menaçants et sombres étaient-ils, je n’y craignais rien, et paradoxalement ils étaient une parenthèse bienvenue où je n’avais à penser à rien, où je devais simplement me laisser guider. Je ne pense à rien en écoutant Nootropics, ce n’est qu’une parenthèse musicale d’une grande douceur, par un groupe qui va probablement gagner une armée d’addicts dans les mois à venir.

/////// Cliquez ici pour lire le compte-rendu du concert de Lower Dens au Point Ephémère le 13 mai 2012, par G.