The Libertines – The Libertines (2004)

  • 21 août 2008
  • Par Eddie

The Libertines - The Libertines The Libertines (LP)

par The Libertines

14 tracks – Rough Trade – 2004

Chef d'oeuvre

“Géniaux branleurs”

Bon là je crois qu’il y a un contexte à replacer. En effet cet album fut un des premiers albums que j’ai adoré instantanément et qui soit sorti après… 1973. On est en 2004, j’ai donc 15 ans, avec tout ce qui va avec, et je tombe sur cette pochette, à scruter l’avant-bras de Pete Doherty pour distinguer les traces de défonces. Heureusement j’ai vite ouvert la boîte, et ce qu’il y avait à l’intérieur, c’est le premier album de ma courte vie que j’ai aimé de bout en bout, et que j’aime toujours de bout en bout, mais avec un peu plus d’objectivité et un esprit critique déjà bien aiguisé.

Carl Barât et Pete Doherty n’ont rien fait de mieux après cet album, et j’ai peur que ce soit le pic de leur carrière. Il manque un Carl Barât aux Babyshambles, et il manque un Pete Doherty aux Dirty Pretty Things, c’est comme ça. Le professionnalisme de l’un et le côté Rimbaud de l’autre, le tout enfermé dans un studio à faire les cons. Car en écoutant les albums suivants des deux leaders des Libertines, on se dit que cet album aurait pu être encore meilleur, et à certains endroits il sonne même “bâclé”, même si on est bien obligés de se dire, las, que c’est ce qui fait aussi la beauté de cet album. Séparés l’un de l’autre, ils ont chacun excellé dans ce qu’ils savaient faire. L’un a réussi à sortir une pléiade de textes superbes et torturés, l’autre s’est encore plus professionnalisé, est un muxicien et arrangeur accompli, mais il lui manque les textes, et le fun.

Car ne nous y trompons pas, les Libertines sont une belle bande de branleurs, plus occupés à s’éclater le foie ou les veines. Evidemment à 15 ans, on est pas forcément super consciente de tout ça, de ce que ça implique je veux dire. A 19 ans, on a une idée beaucoup plus précise. Et là, tiraillée entre “putain, si c’était pas des camés au crack, ils auraient pu être les nouveaux Stones !” et le “décidément, faut passer par son dealer pour sortir un album génial”, on choisit.. ben on choisit pas.

The Libertines, l’album, c’est donc du pop-rock indie, ce qui se fait de mieux dans le genre, tirant vers le garage-rock sensationnel par moment (”Narcissist”, “Arbeit Macht Frei”, “Campaign of Hate”) et qui a inspiré un nombre déjà incalculable de groupes. Riffs de guitares cultes, lignes de basse spectaculaires, produit par Mick Jones, le bassiste de The Clash (le type sur la pochette de London Calling), ce disque n’a rien à envier à la furie punk du premier album du groupe de Joe Strummer. Il s’ouvre sur “Can’t Stand Me Now”, dialogue entre Barât et Doherty, ce dernier étant incapable de prononcer “you”, comme s’il restait coincé dans sa gorge. Suivent les angoisses du duo maudit, celles de leur propre relation fusionnelle, de leurs relations amoureuses forcément foireuses – comment pourrait-il en être autrement … – de sentiments confus, de furie quasi-adolescente. Dans “Road To Ruin”, Barât semble s’adresse à Doherty : “Trust in me, take me by the hand” et Doherty de lui répondre dans “The Saga” : “No, no, I ain’t got a problem.”

Cet album est bien plus qu’un album ; il est autobiographique, dramatique, intense, rempli de messages, de conflits, de réconciliations, de ras-le-bol, de non-dits, de souvenirs, de remises en question, de présages, de puissance punk, d’hésitations garage, de génie voilé – ou sublimé – par les addictions de Barât et Doherty. Une autobiographie, impudique, rock ‘n roll.

Mais à 15 ans, The Libertines est tout simplement un album excitant comme c’est pas permis, qui vous secoue les tripes comme un whisky bu trop vite, tellement différent de tout ce qui passait à la radio (à l’époque je l’écoutais encore), un chef d’oeuvre, ou plutôt, et je dis ça avec tristesse, le chef d’oeuvre des Libertines.

Sons et images :

Acheter l’album: Fnacmusic (9,99€, format mp3) – Amazon (sortie physique le 12 septembre)
Tracklist: 1. Can’t Stand Me Now | 2. Last Post On the Bugle | 3. Don’t Be Shy | 4. The Man Who Would Be King | 5. Music When the Lights Go Out | 6. Narcissist | 7. The Ha Ha Wall | 8. Arbeit Macht Frei | 9. Campagn of Hate | 10. What Katie Did | 11. Tomblands | 12. The Saga | 13. Road to Ruin | 14. What Became of the Likely Lads | Hidden Track : France (Carl Barât)

Il y a 6 commentaires.

  1. The Libertines sans Pete Doherty ne seront plus jamais The Libertines, tout comme The Libertines sans la défonce n’aurait jamais existé.

    Je reste moi personnellement marqué par l’album Up the bracket, véritable concentré de Rock & Roll que je n’ai plus jamais retrouvé chez Doherty, sauf peut être à travers Fuck Forever des Shambles.

  2. En général, j’écoute un album en boucle pendant un mois et après je ne le réécoute que 2 ans plus tard (ou plus jamais). L’avant dernier était de Mademoiselle K (« Ca me vexe »)… je ne le réécouterais surement jamais : trop c’est trop et surtout j’ai découvert cet album, The Libertines, ça fait trois mois que je l’écoute en boucle, il n’a rien perdu de sa magie et en plus il rend les autres albums fades.

    Et j’ai 15 ans, les drogués ça me fait rêver, c’est pitoyable mais c’est comme ça, j’ai pas envie d’avoir du recul, j’ai pas l’âge.

  3. In reply to Elise

    Si un jour t’as envie d’avoir du recul, mate « Requiem for a Dream » d’Aronosfky :)

  4. Je l’ai déjà vu, la drogue c’est de la merde. Mais les drogués m’attirent, c’est inexplicable. Ca changera un jour.

  5. In reply to Elise

    Tu aimes les garçons qui montrent de la fragilité !

    Alors des garçons qui montrent leur fragilité en se droguant, en écrivant des textes et en les chantant avec une guitare électrique à la main, si en plus ils sont beaux gosses (pour Carl) (Caaaaarl <3), c'est l'explosion dans tes hormones !

  6. En 2002, The Libertines était le groupe que j’attendais, un petit miracle. Je me souviens de ma première écoute de Up The Bracket au casque chez le disquaire du coin (qui a fermé depuis bien sûr), je me souviens m’être dit « That’s It ! », un regain d’excitation inespéré, après avoir passé des années à tenter de retrouver le grand frisson que fut pour moi la découverte du Velvet Underground l’été de mes 15 ans (et le retrouvant occasionnellement, mais jamais dans un truc sorti la semaine dernière, par des types de mon âge). Depuis, de l’eau, ou plutôt des groupes et des disques, ont coulé sous les ponts, à commencer par ce deuxième album très touchant (et par moments sublime) mais aussi très bâclé. Les différents spin off des Libertines n’ont aucune importance, je n’y jette même plus une oreille. A quoi bon ? Certains groupes sont faits pour se consumer rapidement, et c’est tant mieux. C’est le souvenir qui compte.
    En passant, j’ajoute qu’on ne remerciera jamais assez les Strokes d’avoir rallumé la flamme (et ouvert la voie aux Libertines) au début des années 2000. Eux auraient bien fait de s’arrêter aussi après le deuxième album.

    Petite correction : le gars sur la pochette de London Calling n’est pas Mick Jones mais bien Paul Simonon, le bassiste de The Clash.

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