INTERVIEW de MC2

INTERVIEW DE MC2
Cannes, le 12 juillet 2012

par Laura-Maï

J’ai rencontré les deux garçons de MC2 (de Vincent Ponsaillé aka C.Kel et Didier Simione aka Miosine), le groupe de bass music made in Marseille dont je pressens qu’ils seront vite sur toutes les lèvres des amateurs de musique électro et de bons disques branchés. C’était une demie heure avant un live explosif aux Plages Electroniques de Cannes et c’était un échange aussi agréable qu’intelligent, à travers lequel, pour une fois, j’ai réussi à faire parler des musiciens… de musique. Enjoy !

Hello les garçons, merci de prendre un moment pour nous juste une demi-heure avant votre show ! Votre nom revient sur la scène électro hip-hop ces temps-ci : on aimerait savoir comment vous sentez cette scène, comment vous voyez son évolution actuelle et surtout comment vous vous sentez au milieu de ces groupes parmi lesquels vous êtes évoqués.

Didier : Honnêtement on est un peu dans notre bulle : il se passe des choses, mais on ne saurait pas te dire comment on se situe par rapport à ça, par le fait que nous même on ne s’inclut pas dans une scène ou une autre.

Vincent : C’est pas forcément une scène au sens propre du terme si tu parles d’électro hip-hop… La scène bass music c’est peut-être plus précis… quoique… De toutes façons, la scène dont on parle est très large : ça peut aller de C2C que tu vas entendre tout à l’heure, à ce que l’on fait nous et qui sonne quand même différemment. Mais c’est vrai, on peut parler de scène dans le sens où j’ai l’impression qu’il y a une esthétique qui est en train de sortir de tout ça ces dernières années, entre ce qui vient du dubstep, de la bass music, du hip hop.

Didier : Nous après, sur la question de savoir comment on se place par rapport à ça : je crois pour commencer qu’on se place dans un réseau bien français, au niveau de la scène en tous cas. On a l’impression ensuite que ça monte un peu, que ça s’élargit ; mais après c’est difficile, pour nous, de décrire ça de l’intérieur.

Mais vous, quand vous entrez en studio et que vous vous mettez à faire du son, est ce que vous vous dites « on va sortir cette esthétique là et on va s’apparenter à la famille de la bass music » ?

(en cœur) : ça se fait naturellement !

Vincent : C’est surtout par rapport au parcours qu’on a. En tous les cas on n’a jamais l’idée de faire un morceau pour coller à ce qui se joue en ce moment, ou pour ressembler à quelqu’un. On a toujours eu notre esthétique électro hip hop qui, par nos influences, se développe dans telle ou telle direction, en fonction de ce qu’on écoute.

Didier : Après cette influence elle va s’exercer de façon très simple, ça peut être tout bête, mais certaines sonorités que l’on entendre dans le dubstep vont nous plaire : on ne fait pas précisément du debstep, mais on va y trouver certains sons de basse, que l’on va avoir envie de reprendre… mais ça s’arrête là, le reste c’est spontané. Vince a beaucoup mixé de drum’n’bass, de dubstep, moi j’étais plus dans le registre expérimental, le breakcore entre autres… et en plus, à côté de ça, chacun, on a toujours écouté de tout et notamment du hip-hop… donc, quand on s’est mis ensemble, on est arrivés chacun avec notre bagage, puis on a mixé tout ça, on le mélange sans le calculer. Et ce qui peut donner l’impression d’une scène, c’est peut-être que l’on écoutait un peu tous la même chose quand on était gosses, mais ça se fait naturellement, parce qu’après la musique que tu fais, elle transpire ce truc là, j’impression.

On l’a dit, le nom de MC2 revient souvent en ce moment, ce qui vous amène à jouer votre musique dans des endroits qui, finalement, ne sont pas si élitistes que ça… est ce que vous aimez ça, jouer devant un public pas nécessairement spé., et est-ce que vous avez l’impression de participer de ce que l’on appelle la démocratisation de l’électro ?

(En cœur) : Ah ouais pour nous c’est cool !

Didier : Ah oui, ça nous fait plaisir. Après, la démocratisation, en tous cas pour moi, elle est déjà bien avancée. Je crois que c’est le contraire : c’est nous qui en profitons, parce qu’il y a des gens qui ont déjà défriché le terrain, et ça depuis des années.

Vincent : Maintenant, dans tous les festivals que tu fais, il y a de l’électro. Le week-end dernier, on a joué dans un festival où il y avait Sting à l’affiche, le lendemain il y avait Laurent Voulzy et à côté de ça il y avait Orelsan et nous (entre autres), : donc tu vois que c’est super éclectique. Donc pour moi, ça y’est, la musique électronique, elle est bien posée !

Didier (prenant une voix de speakerine époque Pompidou) : elle implantée dans le paysage culturel français…

Vincent : Heu, ouais on va dire ça.

Comment vous voyez votre évolution dans les mois et les années à venir ?

Didier : On ne calcule pas mais on essaye de faire ce qu’il faut ce qu’il faut.

Vincent : On ne fait pas de plan sur la comète !

Didier : Heu, ouais voilà on va dire ça. On fait ce qu’on a à faire, on fait du mieux qu’on peut, puis le reste ça ne nous appartient pas. La musique c’est aléatoire. Nous on est passionnés, ça devient un peu notre taff… mais après je ne vois pas comment on peut imaginer clairement ce qu’il va se passer après.

Vincent : Nous ce qu’on fait, c’est se fixer des buts : là on a décidé de sortir des EPs. Parallèlement, des remixs pour d’autres artistes. Et puis après, on commencera à penser à l’album. On y a déjà un peu pensé, mais on attendra le bon moment pour le sortir.

Pour vous, les réseaux sociaux et cette nouvelle façon de faire circuler la musique, je pense notamment aux plateformes sociales proprement musicales, vous avez l’air d’être en plein dedans, vous avez biberonné à ça ?

Didier : Oui, on fait partie des ces artistes-là qui, ces dernières années, ont existé grâce à ça. Dans le sens où l’on n’a pas encore trop d’accès presse, on n’en est pas encore là : donc les réseaux sociaux nous permettent d’exister auprès du public, de partager notre musique.

Vincent : Ils te permettent de diffuser et d’avoir ton actualité, par le contact direct avec les gens qui t’écoutent.

Vous, donc, ça ne vous fait pas peur toutes ces histoires de partage de musique qui « font mourir les artistes » ?

Didier : Je crois que de toutes façons on n’en est pas là…

Vincent : Même si on était encore à une époque où le partage de musique n’existait pas, et que les choses ne se faisaient que par la vente de disque, c’est presque certain que nous n’en serions pas là. Et puis aussi, il faut vivre avec son temps. Nous, ça nous aide à diffuser, c’est pas mal pour ceux qui veulent découvrir des nouveautés. Et puis nous c’est surtout avec les concerts qu’on se nourrit.

Didier : Et puis ce qu’on fait aujourd’hui, on le fait aussi parce qu’on a découvert des choses par le biais du partage, on a eu des coups de cœur pour des artistes qui nous ont influencés et sans Internet, on n’aurait pas eu certaines influences que tu peux entendre dans nos tracks, ça c’est sûr.

Alors précisément, on aimerait savoir ce que vous écoutez en ce moment, ce que vous avez dans l’Ipod ces jours-ci.

Didier : Moi j’ai un coup de cœur énorme, mais ça n’a rien à voir : c’est Mohamed Abozeckry qui est un virtuose de Oud ; il vient du Caire et a monté un projet, « Heejazz »… c’est un registre particulier… mêlé d’influences, éclectique… de la musique orientale avec du jazz à l’intérieur, enfin c’est assez riche, c’est méditerranéen aussi… Voilà, ça a été ma dernière claque.

Vincent : Moi, ce que j’écoute ces temps-ci, c’est pas du tout nouveau… mais je me repasse Keziah Jones « Blue Funk is a Fact »… j’ai eu envie de l’écouter, je l’ai téléchargé et j’écoute ça quand je suis chez moi.

Un ou deux festivals que vous nous recommanderiez, pour la prog, le cadre et où vous iriez vous-mêmes, en spectateurs ?

(En cœur) : le Fusion Festival !

Vincent : Ouais parce que moi je l’ai jamais fait et que ça me tente énormément.

Didier : Moi je l’ai fait. C’est énorme, c’est à Lärz, au dessus de Berlin… à la base c’était un truc de végétariens là…

Ah ! un truc de hippie !

Didier : Ouais voilà, et c’est devenu un truc énorme. Un truc tellement énorme qu’ils en sont venus à limiter la com’ parce qu’il y a trop d’affluence. Tu dois avoir cinq, six scènes avec des grosses têtes d’affiches, puis encore cinq, six scènes avec des artistes inconnus sortis d’on ne sait où… La programmation est folle : t’as beaucoup d’électro, mais il y a aussi du rock, des pointures. Et l’état d’esprit qui règne dans les lieux est assez beau… c’est le genre « quand tu pars tu verses ta petite larme ».

Vincent : Et puis le Pause Guitare aussi (à Albi, ndlr), c’est génial, c’est un autre registre : je le cite parce que les gens sont adorables et que c’est un état d’esprit super.

Dernière question les garçons, qu’est ce que vous aimez faire après un show ?

Vincent : qu’est ce qu’on aime faire, ou qu’est ce qu’on fait ?

Ce que vous aimez faire dans l’idéal ?

Vincent : ça dépend de la scène… quand c’est une bonne scène, il y a une grosse pression pendant le concert, après il y a une sorte d’énergie qui sort de nous, une espèce de coup d’adrénaline et du coup quand tu sors de scène, t’as envie d’exploser parce qu’il faut que tu craches tout ce que t’as emmagasiné et reçu du public…

Didier : Ouais donc quand ça se passe bien on a envie de faire la fête et après on se met des gueules de bois.

Vincent : Et quand c’est des dates chiantes, on a envie de rentrer à l’hôtel et de se mater un film.

Bon alors on espère que ça va bien se passer et qu’on va vous croiser en after ?

Vincent : After, peut-être pas, parce qu’on part en Italie demain matin…

Didier : Toi tu fais ce que tu veux, moi je vais en after !

Alors ça va, vous n’êtes pas un vieux couple, vous pouvez encore sortir l’un sans l’autre !

J’ai croisé Didier et Vincent en backstage après leur show, je leur ai demandé comment ça s’était passé pour eux : ils n’avaient pas du tout envie de rentrer à l’hôtel mater des films… MC2, you rock !

→ Cliquez ici pour lire le compte-rendu de la soirée des Plages Electroniques du 12 juillet

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