Retour sur la Route du Rock, par G&J

  • 2 octobre 2011
  • Par Eddie

Retour sur la Route du Rock, par G&J

Les 12, 13 et 14 août à Saint-Malo a eu lieu le festival La Route du Rock. Deux reporters du Choix, G. et J., y étaient et ont vécu, chacun de leur côté, trois jours et deux nuits de musique, de pluie, de bonnes et moins bonnes surprises. Ils ne se connaissent pas, ne se sont pas croisés sur le festival, ils ne se sont surtout pas mis d’accord pour aller voir tel ou tel concert. Je leur ai donné carte blanche et ils sont revenus vers moi avec chacun un compte-rendu. J’en ai tiré les meilleurs extraits pour vous livrer ci-dessous un compte-rendu comme vous n’en avez probablement jamais lu : deux expériences, deux personnalités, deux points de vue différents sur un des meilleurs festivals français. Avec en prime deux interviews et de jolies photos prises par J. Bonne lecture !

Premier jour

Le festival débute par le traditionnel tournoi de foot auquel participe J. :

François Floret Monsieur Route du Rock, est parvenu à faire du festival un évènement tellement réputé et incontournable dans le vaste monde de la musique pop (et rock) indé qu’il a réussi à me donner envie de faire 718 bornes en voiture (+ 718 au retour) pour aller découvrir les festivités malouines ! Sa réputation, le festival ne se l’est pas construite à grand coup de battage médiatique comme d’autres grand rendez-vous estivaux (suivez mon regard en direction de la fameuse Citadelle plus au nord) mais grâce à 3 éléments fondamentaux :

1) Une programmation pointue d’année en année (et pourtant les temps sont difficiles pour les festivals ne programmant pas Ben L’Oncle Soul…)

2) La bonne humeur communicative bretonne

3) Un bon bouche à oreille pré-festival : « Tu vas à La Route du Rock cette année ? ça va être génial ! Le meilleur festival de l’hexagone ! N’oublie pas ta paire de bottes ! »

François Floret on le retrouve justement en ouverture du festival le vendredi à 14h sur la plage de Saint Malo. Quizz : que fait-il ? Il boit une bolée de cidre avec les filles d’Electrelane ? Il pose avec Aphex Twin devant des dizaines de photographes déchainés ? Il promène son chien ?

Eh bien, non, François est là, sur la plage, avec nous, pour le tournoi de foot officiel de La Route du Rock ! Moi qui pensait faire partie d’un club très fermé de ceuxquiécoutentdelamusiqueindémaisquiapprécientlefootquandmême…

Une dizaine d’équipes sont présentes : l’équipe Route du Rock, l’équipe du très conseillé site fm-r, l’équipe des Cahiers du Foot, l’équipe de ceux qui portent des t-shirts des 2be3, etc… Il s’avère que tout le monde est surtout là pour s’amuser, se détendre et l’ambiance amicale et chaleureuse qui règnera sur le festival tout le weekend est déjà là, bien ancrée ! Deux matchs de foot plus tard, je me promène dans Saint Malo et découvre les fameuses remparts tout en me dirigeant vers la plage Bonobo où a lieu le concert de Botibol.

Le public disparate, debout ou allongé dans les chaises longues mises à disposition, se laisse rapidement embarquer par les mélodies efficaces du jeune Bordelais. Loin de l’image du frenchie qui fredonne 2-3 airs sans saveur dans un anglais approximatif, Botibol enchainent les titres avec assurance et, oh bonheur, les morceaux se suivent et ne se ressemblent pas ! Passant avec aisance d’une pop sautillante à un blues languissant, jouant de sa pédale de loop à la manière d’un Andrew Bird ou assurant un titre résolument rock avec pour simple allié son batteur à la manière des Black Keys, Botibol ne laisse pas indifférent et on se dit que la relève (ou la levée ?) de la pop française est assurée ! Le temps de changer de guitare après avoir cassé une corde, et le concert se termine doucement avec un soleil normand qui a enfin chassé le crachin breton qui sévissait depuis le milieu de l’après midi.

G. connaît un début de festival un peu moins sportif :

De toute façon, la Route du Rock chaque année c’est la même chose. Bien souvent on loupe le premier concert de 19h30 parce que :

– soit on a du mal à sacrifier le sacro-saint apéritif chips-bière-vodka-redbull-martini, assis les fesses dans l’herbe à l’entrée des tentes, à discourir sur le nombre décroissant de douches au camping ou sur la météo incertaine du lendemain.

– soit il pleut, il mouille, et c’est peut-être la fête à la grenouille bretonne mais pas la fête au festivalier – moi en l’occurrence – qui traîne des bottes (s’il a eu la fine idée de s’en acheter avant de venir ; oui j’avais eu la fine idée, merci de demander) et préfère rester au sec encore une heure ou deux dans un bistrot malouin.

– soit (mais c’est plus rare) c’est une année où les programmateurs ont eu l’étrange idée de faire venir The Cure (pour un site qui ne peut contenir qu’à peine 17 000 personnes par soir, avouez que c’est pas la meilleure idée de l’été) et donc se voir contraint de passer 2h dans des embouteillages dignes d’un vendredi soir sur le périph parisien.

Certaines années c’est bien dommage de ne pas dire non à quelques Curly trempés dans une canette de bière et de louper, par exemple, les débuts sur scène d’Elvis Perkins (Route du Rock 2007). Ce ne fut pas mon cas, je vous rassure (merci de vous inquiéter) mais j’en connais certains qui s’en mordent encore les oreilles. Ou c’est bien dommage de n’apercevoir que la fin du set de Deerhunter (Route du Rock 2009), au loin, depuis la file d’attente à l’entrée du site, qui avance à l’allure d’un pêcheur de coques dans la baie du Mont Saint-Michel (ça veut dire vraiment, mais alors VRAIMENT très lentement). Et, là, ce fut mon cas, malheureusement, et ce soir-ci j’avais maudit mes Curly, oh oui.

Néanmoins, le premier soir, avec l’excitation de retrouver le site, les stands, les vieilles pierres du Fort de Saint-Père, on arrive à l’heure pour Anika. Un peu curieux de voir ce que valent les musiciens de Beak> dans un autre contexte qu’avec Barrow, je laisse traîner un œil et une oreille, tout en découvrant les nouveautés du site (notamment une nouvelle petite scène, derrière la régie de la grande scène, où joueront Dirty Beaches et Dan Deacon, respectivement les samedi et dimanche).

G. assiste d’abord aux concerts d’Anika et Sebadoh, qui lui laissent des impressions bien différentes :

Anika semble autant s’ennuyer à être sur scène que moi à l’écouter. En plein jour, les oreilles pas encore décrassées (je parle de décrassage sportif, pas d’hygiène – nous ne sommes que le 1er jour du festival, donc encore plutôt propres…) le set me parait… froid, inepte, sans grand intérêt. Peu de présence, pas d’émotion, pas de grâce, encore moins d’enthousiasme sur scène que de la part du public. Le pigiste génie (un génie je vous dis) du quotidien Ouest France dans l’édition du lendemain écrira : « Anika assure l’ambiance avec ses reprises de classiques rock version punk » ; à l’évidence il n’a pas assisté au concert… et « version punk » laisse à penser qu’il n’a pas dû écouter l’album non plus ; (à noter aussi dans le même article la photo du concert de Sebadoh, légendée « le chanteur de Mogwai a enflammé le public grâce à ses riffs acérés »…) j’adore la presse régionale.

Sebadoh est une vieille histoire pour moi ; j’ai usé l’album Harmacy sur mon Discman qui n’arrêtait pas de sauter (quelle invention débile). Le concert débute, les trois vieux jeunes sont fringués comme à l’époque, comme s’ils jouaient chez eux, sans aucune prétention (alors que de toute la prog de Saint-Malo cette année, c’est bien eux qui pourraient frimer) ; l’ami Ch. me glisse à l’oreille, dès les premiers riffs de Lou Barlow : « j’ai l’impression de faire un saut de 13 ans en arrière ». En effet, tout est frais, intact, ça ne sent pas la reformation toc (ce que je redoutais), ces gars-là sont sur scène parce que ça leur plaît d’y être, parce qu’ils aiment leurs chansons autant que nous, parce qu’ils ne savent rien faire d’autre, et c’est très bien ainsi. Leurs morceaux se plantent dans nos oreilles, aiguilles vaudou. Lou est aussi efficace à la guitare qu’à la basse (même si c’est encore plus jouissif de le voir gesticuler derrière sa basse, car je me fais croire l’espace d’un instant que Jay Mascis va arriver des backstages). Les lumières sanguines des projecteurs se conjuguent avec le jour qui tombe lentement sur le fort, Barlow se bat avec la sangle de sa basse qui lâche sans cesse et le contraint à jouer accroupi, à genoux, assis, dans une jolie souffrance de gymnaste quarantenaire et bedonnant, parfaite illustration de cette lutte fraternelle qu’est sa musique, sèche, minimale, humble, froide et spontanée ; l’essence du low-fi quoi ; et, à l’évidence, Sebadoh en est toujours un joyeux représentant.

La soirée est enfin entrée dans le vif. Je croise l’amie C., habituée routedurockeuse, qui a une étrange manie : d’année en année elle conserve quelques jetons de boisson, dans l’espoir – j’imagine – de les utiliser l’année suivante. Je l’informe que cette année les jetons ont changé, et que les siens ne sont donc plus valables. « C’est pas grave, je m’en ferai des badges » me dit-elle. Bel esprit de recyclage routedurockophile. A l’issue des trois jours, j’adopterai moi aussi ce bel esprit, en recyclant mon gobelet pour en faire un magnifique et très envié pot à crayon, youpi. Ou l’art de se créer du merchandising artisanal (à 30 euros le sac officiel de la Route du Rock au stand merch, mieux vaut faire ça, non ? si.).

G&J vont tous les deux assister au concert d’Electrelane. G. s’ennuie :

Je vais faire crier tout le monde, mais moi, Electrelane, je m’en tape un peu. Pour les avoir vues 4 ans avant, ici même, alors qu’elles annonçaient la fin de leur « carrière », je me doute que je ne vais rien découvrir de nouveau chez les filles de Brighton. Déjà sur album, je trouve la recette (un peu) facile ; les morceaux sont pour la plupart construits de la même façon, ça monte, ça s’accélère, attention ça va péter, ah ouais tiens ça pète, ouais, bon, bof. Et ces constructions étant très calibrées pour être jouées en live, tout ça roule. Alors, oui, ça marche. Mais sans surprise, sans flamme. La majorité du public semble conquis, je suis content pour elles, je suis content pour lui, et moi je vais au stand du fond acheter des pâtes.

Par contre J. a adoré :

On retrouve le groupe tel qu’on l’avait quitté. Dès le premier titre, les 4 filles s’emparent du public et ne le relâcheront qu’1h plus tard. Au fil des titres, elles prennent un malin plaisir à nous saisir encore plus intensément, à nous relâcher, à véritablement jouer avec nous, avec notre rythme (cardiaque), avec nos émotions.

Comme lors de leur dernière tournée, elles enchainent des titres de leur album de 2005 Axes : « Bells », « Two For Joy », « Eight Steps », d’autres de No Shout No Calls (2007) et rien n’a changé. Tant pis… tant mieux !

21h50, les filles entonnent « And I want to come there too, I want to be with you ». Nous aussi on veut être avec elles et rester avec elles parce que là, p***** qu’est ce qu’on est bien ! La voix de Verity Susman n’est parfois pas parfaitement en place, la guitare de Mia Clarke semble un peu timide devant le rythme effréné de la batterie d’Emma Gaze. Et Ros Murray ? On l’oublierait presque, discrète et concentrée. Mais tout ça n’est qu’un leurre. Elles jouent, elles avancent, enchaînent les titres et savent parfaitement ce qu’elles font et ce qu’elles veulent faire de nous.

22h12, les quelques notes de saxophone sont comme un cadeau et nous emportent très loin. Electrelane distille sa folie, ses longs titres instrumentaux mêlés aux mélodies efficaces, ses envolées rock plantées au beau milieu d’une pop entrainante.

22h25, Verity, Mia et Ros se tournent vers Emma, la talentueuse batteuse. Elles forment un cercle. Le public s’est pris au jeu depuis bien longtemps maintenant. Il est à présent pris au piège.

Quelques minutes plus tard, Electrelane nous libère enfin. Mais visiblement, le public Maloin n’en a pas vraiment envie.
Le concert terminé et on aurait presque envie de rentrer chez nous avec le sentiment d’avoir assisté au meilleur concert du festival sans avoir écouté une seule seconde de ce qui va suivre tout le weekend. On apprendra dans la vidéo offstage de grandcrew.com que le groupe pense avoir vécu un des meilleurs concerts de leur tournée…

Pourtant la vie continue et les festivités également !

G&J sont tous les deux d’accord sur Mogwai : c’est pro, c’est puissant, c’est chiant.

Direction Suuns, raconté par G.

Je m’avance tout devant pour Suuns, concert suivant. Pour les avoir vus deux fois auparavant, je sais que les grandes scènes, en plein air, conviennent mal à leur musique. Leurs sons claustrophobiques étaient parfaits pour la petite salle du Point FMR à Paris, moins pour le plein air du Parc de La Villette en juin dernier. Donc je m’approche pour « recréer » faussement l’intimité d’un petit lieu, oublier le ciel, oublier l’air, oublier l’espace. Je trouve leur set très respectable, avec de belles envolées, un son puissant et inédit, un chanteur toujours très habité (et, d’après mes amies L. et M., très sexy), une musique syncopée et épileptique qui fait me rotuler et headbanguer gaiment.

Le concert me plaît, mais je me demande si ce n’est pas une réminiscence de leurs lives passés, conjuguée à une solide connaissance de leur album et une « envie de les aimer », qui faussent un peu mon jugement. Quoi qu’il en soit, j’en suis certain, tout ça serait mieux sur une petite scène, avec un son plus fort, davantage de lumières blanches, des stroboscopes, des infrabasses qui feraient trembler les murs. Mes ami(e)s L. M. et F. et moi-même décidons alors de retourner les voir au Nouveau Casino à Paris la semaine suivante. Et, pour la petite histoire, leur set sera effectivement meilleur qu’à Saint-Malo. C’est maintenant qu’il faut les voir sur scène, avant qu’ils n’aient trop de succès et qu’ils ne jouent dans des salles trop grandes pour leur son. Allez-y, l’année prochaine il sera trop tard.

G&J s’en vont ensuite tous les deux voir Aphex Twin.

J. décide de rentrer dans son sac de couchage après 30 minutes de concert.

G. a eu la même réaction :

La soirée devait se clôturer par Aphex Twin. A la place, une sorte de soupe mollassonne easy listening dégueu, sans nerf, une bouillie informe d’expérimentations sonores creuses, des… pardon ? C’était Aphex Twin ? ah… bon… ok… au temps pour moi. Je n’ai pas reconnu le génie que j’avais vu à la Cité de La Musique pour les 20 ans de WARP, je n’ai pas ressenti sa violence, sa créativité, ses audaces. Même les projections vidéo me semblent bidon. Ca ne ressemble à rien, c’est très décevant, démodé, pas vraiment digne de la carrière du bonhomme. Mes amis et moi nous décourageons de rester jusqu’à la fin, retour donc au camping, et au loin nous entendons Aphex Twin qui semble être sorti de sa léthargie snob, ça nous chatouille les oreilles, on regretterait presque d’être partis, mais puisque « toute sortie est définitive » (alors qu’il eut fallu s’arracher le bras pour refiler le bracelet à une tierce personne…), ce n’est pas envisageable d’aller vérifier. Tant pis.

Après un court débrief de cette première soirée avec mes campeurs amis, je fais quelques prières devant notre cercle de tentes, autel de fortune, pour qu’il ne pleuve pas le lendemain. Je suis déjà sautillant à l’idée de revoir Suuns dans quatre jours, mon souvenir tout frais du live de Sebadoh est allé directement combler une case de ma mémoire d’ado restée vacante, et je me dis que demain je ne reprendrai pas des pâtes au stand du fond.

Deuxième jour

Allez J., debout !

Le réveil dans un camping de festival obéit à un schéma bien précis basé sur une série de phrases :

1/ p..tain de sol dur j’ai mal au dos b….del
2/ il fait beau ?
3/ j’ai l’impression d’avoir du coton dans les oreilles, c’était super fort le son d’Aphex Twin hier soir quand même
4/ on a quoi à manger là pour le matin à part de la bière ?
5/ mec t’a parlé la nuit – c’était pas moi c’était un mec qui pissait contre la tente à 4h

Debout devant sa tente on scrute les alentours et on croise des dizaines de regards de personnes qu’on ne connaît pas, qui, comme nous, se demandent un peu où ils sont, s’allument la première clope, puent, se disent qu’il y a déjà trop de monde aux douches et redisparaissent dans leur tente pour un complément de nuit.

Bon, ça fait 3 semaines qu’on regarde la météo pour le weekend du 12 août, 20 éditions qu’on sait que, oui on va forcément se taper de la pluie à La Route du Rock, mais 3 jours qu’on espère passer entre les gouttes.

Bon, ok, c’est loupé. Bruine en fin de matinée, légère pluie en début d’après midi, pluie soutenue (doux euphémisme…) jusque 1h30 du matin.

G. est levé depuis un moment et passe du bon temps à Dinard :

Après une heure ou deux de refuge dans un bar de Dinard (raison – cf jour 1 – qui va donc nous faire louper les premiers concerts de ce samedi) puis au camping où le bruit sec et dru des gouttes d’eau sur la toile de tente sonne comme une intro en sourdine du Valletta Fanfares, on rassemble ce qui nous reste de motivation mélomane imperméable aux ondées malouines (allitération lourde mais assumée, je promets) et on décide d’aller plonger dans le bassin boueux du site (La Route du Rock peut se vanter, presque chaque année, de mettre gracieusement à disposition des festivaliers une piscine olympique au milieu du site, dont on peut jouir à volonté).

L’impasse étant faite sur Still Corners et Low je ne peux donc rien en dire (si ce n’est que, selon l’amie L., « la prog de cette année est cohérente car hier il y avait du Suuns et aujourd’hui il y a de Low ». hum, voilà…).

J., armé de son badge « Le Choix » s’en va faire un tour du côté des conférences de presse :

20h. Déjà trempé de la tête au pied, je me réfugie sous le barnum des conférences de presse et arrive juste à l’heure pour passer un moment avec Romain Turzi qui a joué sur la plage un peu plus tôt dans l’après midi. Et autant dire que le Versaillais est un personnage à part entière. A coup de « je m’en fou » et autre « j’en ai rien à foutre » il nous explique qui ne s’est pas fait ch… à étudier chaque partition des Beatles pendant 10 ans, qu’il n’a pas beaucoup de culture électro (car venant du rock notamment), qu’il écoute de moins en moins de musique (à cause de sa femme et sa fille de 4 ans) mais que ça ne l’empêche de tirer de « claviers de merde à 30 euros » de la musique qui lui est propre.

Pourtant il nous avoue que « faire des albums n’est pas une fin en soi » et qu’il aime par dessus tout les enregistrements alternatifs, outakes, démos, etc. « C’est dans le parcours de recherche que va se passer le principal, dans l’erreur que vont se faire les choses. »

A part ça il cite quelques références (Kraftwerk, Enigma…), trouve le combo didgeridoo/beats « hyper cool » et se demande qu’est ce qu’il va bien pouvoir citer d’autre pour nous faire chier. C’est parti pour 10 minutes sur Jean-Michel Jarre qui, paraît-il, écoute Turzi et il se demande si JMJ redeviendrait hype… « La BO du Grand Bleu à l’envers c’est super ! »

Ok, c’est un live-report que je suis censé faire mais là les gars c’est vraiment le déluge dehors ! Les coupures d’électricité se répètent sous l’espace presse et quelques rumeurs de problèmes techniques du côté de la scène commencent à circuler.

Donc on est bien, on reste assis et on attend Madeline Follin et Brian Oblivion de Cults qui sont en train de braver les intempéries et gravir la montée boueuse de l’espace presse pour venir nous raconter leur histoire de couple. Cults, comme un hommage à l’aspect du culte et les trips new age de San Diego d’où ils sont originaires. Les larges sourires qu’ils affichent en arrivant nous font oublier que Low commence à jouer sur scène en contrebas.

L’explosion médiatique (grâce au buzz de Pitchfork et au clip MTV) du single « Go Outside » ils ne s’y attendaient clairement pas. Dans un premier temps ça les a fait un peu flipper (et nous aussi) de se dire qu’ils allaient devoir pondre 10 autres titres dans la même veine. « On a laissé retomber la pression et on a fait les choses tranquillement. » Pour cela ils ont décidé de continuer à bosser en famille avec une maman manager qui, au moins elle, ne leurs impose rien. Lors des tournées, ils ne sont pas l’un sur l’autre 24h/24 mais ils nous avouent qu’être en couple permet d’éviter la frustration sexuelle. Soit.

Madeline nous parle de leurs origines Californiennes avec le côté « sunshine » que cela peut avoir comme conséquence et la grande inspiration qu’ils ont trouvés à New York, ville qui leur a donné un esprit de compétition et les a réellement boosté.

Malchance de la journée, mon interview avec Dirty Beaches est calée en plein milieu du concert de Cults. Je le retrouve dans sa loge, un peu frustré de ne pas pouvoir assister au concerts de ses amis mais malgré tout très souriant et accueillant.

Dans quel état d’esprit es-tu depuis avant ton concert à La Route du Rock ?
Je suis très excite à l’idée d’être ici. Je suis vraiment content. Je pense que c’est le plus gros concert que j’ai fait jusqu’à present… ou du moins que je vais faire !

Si tu pouvais être à un autre endroit, là maintenant, où aimerais-tu te trouver ?

Dans mon appartement. C’est la fin de la tournée… ça fait un mois que je joue dans toute l’Europe maintenant… Je suis juste un peu fatigué mais, ouais, ça me manque vraiment de dormir dans mon propre lit.

Pourquoi tu aimes / ou détestes l’été ?

Je pense que c’est super parce que c’est un cycle naturel. Tu as des moments merdiques et des bons moments. C’est comme la vie. Il ne peut pas y avoir que des choses agréables. Mais tu sais que ça ne peut pas être toujours mauvais. C’est important ce cycle naturel. Moments foireux / bons moments. C’est une balance.

Ta boisson de l’été ?
J’aime la “bière blanche” ! (en français dans le texte)

Quelle chanson apprécies-tu en ce moment mais dont tu as honte ?
J’aime vraiment Toto. Surtout la chanson « Africa » ! J’aime vraiment celle ci mais je ne crois pas que j’en ai honte. Je pense que c’est une super chanson ! (rires)

Y-a-t-il un groupe que tu écoutes en ce moment que tu aimerais nous faire découvrir ?

Il y a un groupe que j’ai trouvé sur internet grace à un ami. Ça s’appelle Death Groups (ou Def, ou Depth ou Deaf ?? bonne chance pour trouver…). C’est un mélange de noise et de hip hop. C’est vraiment génial !

Si tu devais écrire une chanson pour un autre artiste, qui choisirais-tu ?

Ce n’est pas réaliste… c’est un peu un rêve, mais j’aimerais écrire une chanson pour Beyonce !

Si tu pouvais changer ton nom d’artiste maintenant, que choisirais tu ?

J’ai ce nom depuis 2005. Mais à l’époque je ne réalisais pas qu’il allait y avoir autant de groupes en « Beach ». Je souhaiterais vraiment le changer mais je n’ai pas de selection. C’est trop tard maintenant. « C’est moche ! » (en français dans le texte) (rires)

Si tu devais choisir un acteur pour jouer ton rôle dans un film sur ta carrière, qui choisirais-tu ?
Il y a cet acteur Japonais: Asano Tadanobu. Tu le connais peut-être ? En plus d’être acteur il est également musicien. Il fait pleins de trucs supers et il est plutôt cool…

Que feras-tu après l’été ?
Retour à la maison !

Dirty Beaches jouera juste après Blonde Redhead, dont le concert vous est raconté par G. :

J’avais assisté au demi-set de Blonde Redhead à la Route du Rock 2004, écourté à cause de la pluie. D’après Le Paplar (petit fanzine quotidien gratuit, que l’on trouve dans plein d’autres festivals, excellent compagnon entre deux concerts ou en pleine insomnie causée par les voisins du camping ; paplar.com), le matériel du groupe avait même été endommagé par l’eau et avait mis plusieurs semaines avant de pouvoir fonctionner à nouveau. Pas rancuniers, le trio est de retour sur le site. De leur point de vue d’Américains, je me dis qu’ils doivent penser que la pluie ne s’est pas arrêtée depuis 7 ans dans cette contrée si lointaine et mystérieuse ; ce que je serais presque tenté d’admettre, moi aussi, tant je suis trempé jusqu’à l’oreille interne.

Malgré le parasitage des bruits plastiques de la capuche de mon poncho (qui ne protège plus grand chose), le live de Blonde Redhead libère enfin ma frustration de 2004. Ils jouent les morceaux d’il y a 7 ans qu’ils n’avaient pas pu conclure, les titres de Misery is a Butterfly et de Melody of Certain Damaged Lemons renaissent de leurs cendres détrempées, le bouton pause a cessé de clignoter et la lecture reprend, quasiment là où on l’avait interrompue. Kazu a changé de robe mais son déhanchement reptilien est intact, les deux frères sont graciles et classes, le chant est sexuel, les gouttes d’eau qui tombent dans mon col sont un détail, la musique est en train de sécher nos petits esprits, on sait enfin pourquoi on est là et pourquoi on s’inflige de vivre ainsi comme des scouts pendant tout un week-end.

Et voici donc Dirty Beaches, que J. est bien entendu allé voir :

Très rapidement Dirty Beaches enchaîne sur la petite scène juste derrière la tour de régie technique. Alex Zhang est seul sur scène avec sa guitare et ses machines. Ok, la scène n’est pas très grande mais il l’occupe d’une manière spectaculaire ! Autant l’album du Taiwano-Montréalais peut diviser et certains peuvent clairement s’emmerder à l’écoute de « Badlands », mais là, en live, il emporte tout sur son passage ! Outre la puissance qui se dégage de ses compositions et surtout de son interprétation, Dirty Beaches parvient à créer une ambiance particulière pour chacun de ses titres et on saisi alors pleinement pourquoi il parlait cinéma et BO de films en conf de presse un peu plus tôt…

G. a bien aimé aussi, la preuve :

Repu de jolis sons, je vais gaiment et boueusement voir le fantôme de Vega (Alan, pas Susan) ressuscité sur la petite scène. Dirty Beaches est tout seul, il secoue la tête pour se mettre dans sa propre atmosphère, il geint, il me plaît, il joue (trop) l’écorché mais sa musique le dépasse un peu alors c’est joli, tout est encore légèrement vert, un peu toc, un peu jeune, mais plein de bonnes ondes pour bientôt. Je veux bien parier.

La suite du programme ce sont les Kills, dont G. n’a pas grand-chose à faire :

Je n’ai jeté qu’un œil très lointain et à peine une demi-oreille à The Kills, ce qui fait, si je compte bien, un quart de toute ma capacité auditive, on pourra donc déduire que je ne suis pas très généreux envers ce groupe. Il y a un certain manque d’audace et d’originalité de la part des organisateurs à programmer encore ce groupe (la dernière fois c’était il y a trop peu de temps, en 2009) ; c’est un set évidemment sans surprise, sans risque, répétitif, calibré au mouvement de mèche près de Mosshart. C’est du rebelle de plastique, du rock à la Kooples, mais comme pour Electrelane la veille, l’engouement généralisé me montre/prouve que j’ai surement tort, alors je vais au stand du fond, manger du riz au poulet.

Autre son de cloche du côté de J. :

Les 10 premiers mètres se sont transformés en une vaste et profonde piscine boueuse. Certains sont en bottes en caoutchouc, d’autres en Converse, mais, peu importe, tout le monde est là pour se bouger le c… sur du p…tain de rock !

Alison et Jamie arrivent. Comme d’hab elle en fait légèrement trop mais on la trouve hyper sexy, comme d’hab on prie pour qu’il laisse son « top » au placard et comme d’hab ils « assurent grave » ! De toute manière, voir un concert des Kills vraiment raté c’est pas demain la veille. Les titres s’enchainent à une vitesse folle (pas vraiment le genre à raconter des blagounettes entre deux riffs de guitare), tous les albums ou presque sont parcourus et, oh miracle, la pluie s’est arrêtée ! Même Alison passe un œil derrière sa tignasse électrique et marmonne qu’elle est contente pour nous.

Et nous, le public breton, sous la pluie depuis des heures, on est contents qu’ils soient là, que leur cachet d’artiste n’aie pas trop évolué depuis les premiers albums et qu’un festival comme La Route du Rock peut encore se permettre d’accueillir un groupe comme les Kills !

La pluie, la boue, le froid… Même si je fais partie de ceux qui arrivent à vite relativiser tout ça, honnêtement, pas le courage de rester pour Battles. Pourtant certains diront après coup que le concert de La Route du Rock valait franchement le détour… !

J. est trop crevé pour Battles, c’est donc G. qui prend le relais :

La pluie, enfin polie, comprend qu’il faut qu’elle parte pour laisser la place à Battles. Et c’est donc dans des conditions inespérées que les trois fous vont faire du grand et beau bruit. Je rotule sévère, j’ose sautiller en narguant les éclaboussures boueuses, hommage ludique à un Pollock breton du pauvre, et, ô chose divine, il y a pléthore de cowbell, cet instrument tout droit sorti de l’oreille de Jupiter pour faire frétiller de plaisir nos petits cœurs amoureux ; pardon je m’emporte, mais j’aime bien ça, moi, la cowbell. Le fait est que ces gars-là semblent vouer un culte à la cymbale et à la cloche, tant dans leur dispositif musical et scénique elles sont mises en avant : perchées sur des pieds télescopiques, le batteur et le guitariste doivent tendre le bras vers le ciel pour les atteindre. Les vidéos (pour les featuring de Matias Aguayo et Gary Numan notamment) sont ludiques et festives, le guitariste danse un demi madison parkinsonien tout en jouant simultanément sur deux claviers (si on a deux mains, c’est bien pour jouer sur deux claviers en même temps, non ?), leur math rock (en est-ce encore ? bof je sais pas trop et je m’en fiche) psychédélique conquit tout le monde, et le batteur nous offre une leçon magistrale de son instrument, presque aussi transcendant que Sayaka Himeno, la batteuse de Nisennenmondaï (presque, ai-je dit), le trio de Japonaises qui assurera la première partie de Battles pour la tournée US.

Je suis réchauffé, fourbu, happy, grâce à eux je sais que j’ai gagné ma soirée, et pas loin d’avoir gagné mon week-end.

Troisième jour

La nuit de J. fut courte :

La Route du Rock est devenu un festival incontournable dans l’hexagone mais son organisation est encore loin d’être parfaite.

Deux exemples très simples vécus le dimanche 14 août entre la nuit et l’aube…

3h du matin, alors que j’essaie de m’endormir après une deuxième journée boueuse jusqu’aux genoux, nos nouveaux voisins de tente évoquent l’idée d’aller à l’Escalier Club à Saint Malo pour voir le set de Cheveu. Une vingtaine de kilomètre sépare le Fort de Saint Père (emplacement principal du festival) et Saint Malo, une navette est donc indispensable.

3h45, après une longue discussion autour de quelques bières, une partie des voisins décident d’aller retrouver les nightclubbeurs Malouins.

4h45, malgré leur incroyable motivation, les voisins reviennent sans avoir pu prendre la navette.

Donc, pour ceux qui se posaient encore la question, non, les histoires de navettes à La Route du Rock ne sont pas encore au point.

5h. Je m’endors enfin.

11h. Un tracteur… Un tracteur ?!?

Un énorme tracteur fait multiples passages dans les allées du camping avec une remorque afin de récupérer les poubelles des festivaliers. Il y avait 15 cm de boue sur tous les campings quelques heures auparavant mais, alors qu’on a pas encore mis un pied ni un œil en dehors de la tente, on espère que le célèbre soleil breton a tout fait disparaître pour laisser place à une vaste prairie.

Encore perdu.

A chaque passage, le tracteur creuse la boue toute fraiche et crée de belles ornières dignes d’une tranchée 14-18. On apprend que la terre de la région est surtout composée d’argile. Ouf de soulagement, tout va bien, on ne sera pas bronzé en rentrant mais au moins on aura de beaux pieds !

Midi, appel de Stella, attachée de presse du festival. Mon interview avec Other Lives est confirmée au Palais du Grand Large avant leur concert. Je me démerde comme je peux pour nettoyer mes chaussures, j’essaie de trouver des fringues moins sales que d’autres et je file à Saint Malo.

Other Lives joue dans le cadre d’un concert parallèle à la programmation « classique » du festival (et payant) avec Chelsea Wolfe et Josh T. Pearson au Palais du Grand Large en bord de mer. Je suis accueilli à la salle par deux adorables personnes de chez Pias qui dorment au camping aussi. Nos regards sont emplis de compassions à la manière d’anciens combattants lorsqu’on évoque les conditions météorologiques de la veille. Jesse Tabish m’attend dans un petit salon avec vue sur l’immense plage de Saint Malo. Il est très calme, souriant, et parle lentement en prenant le temps de réfléchir à ce qu’il dit… Le moment est parfait. J’en oublie même de faire une petite photo pour Le Choix !

Dans quel état d’esprit es-tu depuis avant ton concert à La Route du Rock ?
C’est la première fois que nous jouons en France. Et Saint Malo est une si belle ville, je suis vraiment excité d’être ici ! En fait celà fait plusieurs mois que nous attendons avec impatience ce jour particulier. C’est génial… et il y a de l’excellent café ! (rires). Je me sens vraiment bien !

Penses-tu que le public français sera different du public américain ?
Je ne sais pas encore. Jouer aux Etats Unis est la seule chose que je connaissaisse. J’étais impatient d’avoir l’opportunité de jouer pour le public français.

Si tu pouvais être à un autre endroit, là maintenant, où aimerais-tu te trouver ?
Je suis très heureux d’être ici ! Pourquoi aurais-je envie d’être ailleurs ?! (rires)

Tu viens d’Oklahoma et je sais que tu as écrit une grande partie de l’album sur la route. Penses-tu que tu aurais été capable de créer le même album en vivant à New York ou Los Angeles par exemple ?

C’est une bonne question. Je ne pense pas. Etre sur la route et en Oklahoma m’a donné le temps et l’espace dont j’avais besoin pour comprendre certaines choses. Je pense qu’en étant dans un endroit, disons “simple”, comme l’Oklahoma me convient bien parce que je peux choisir de ne pas trop travailler si je le veux et de prendre mon temps pour écrire et composer. C’est la meme chose en étant sur la route. Celà me permet d’avoir parfois plus de 8h par jour pour travailler sur ma musique. Je pense que dans des villes plus importantes tu es obligé de travailler et de faire ce que tu peux pour joindre les deux bouts. Et ce n’est pas le cas pour moi, que ce soit en Oklahoma ou sur la route. Donc je ne pense pas que l’album aurait été le même.

En France les journalistes sont très enthousiastes à propos de Tamer Animals et soulignent la richesse des arrangements et l’important travail de production. Est-ce une exigeance que vous vous êtes fixée dès le depart ou est-ce une evolution naturelle pour le groupe ?

Un petit peu des deux. Pour Tamer Animals, certaines idées musicales ont été pensées avant de créer l’album. Et certains des objectifs que j’avais en tête ont été pré-enregistrés. Mais quand tu enregistres et que tu travailles, les choses prennent forme au fur et à mesure. C’est mieux de laisser une part de mystère et d’inattendu dans le processus d’enregistrement. Il y avait des idées préconçues musicalement mais il y avait également suffisamment de place au moment de l’enregistrement pour laisser un grande part à l’inconnu.

Si tu pouvais changer une chose dans le dernier album…?
C’est une bonne question. Si je devais changer une seule chose je pense que j’appréhenderais peut être le climat des chansons un peu différemment. J’ai acquis une nouvelle vision des choses en jouant ces titres en live. Quand je réécoute l’enregistrement studio j’aimerais retrouver davantage ces moments plus dynamiques.

Mais c’est quelque chose d’horrible parce que nous enregistrons puis nous jouons les titres en concert. Donc c’est impossible de faire ça, de retoucher à l’enregistrement. Mais maintenant, avec le recul, je mettrais certains de ces “moments live” dans l’enregistrement.

Si tu devais écrire une chanson pour un autre artiste, qui choisirais-tu ?
Je dirais… hmmm… Woah, c’est une question difficile !

Hier j’ai eu Dirty Beaches en interview et il m’a avoué qu’il aimerait écrire pour Beyonce.
Oh Beyonce ! (rires) Tu sais quoi ? Je vais dire Jay-Z alors ! Merci de m’avoir aiguiller pour cette réponse ! (rires)

Quels conseils donnerais-tu à un jeune groupe qui débute ?
Ne vous lancez pas dans une tournée trop rapidement. Prenez le temps d’enregistrer un album. Je pense que c’est très important de travailler ton “art” et d’y passer plusieurs heures chaque jour pendant assez longtemps. Je pense qu’il y a beaucoup trop d’impatience parfois. Il n’y a qu’un seul secret pour progresser et avancer, c’est de se lever tous les matins et de travailler !

Si tu devais choisir un acteur pour jouer ton role dans un film sur ta carrière, qui choisirais-tu ?
Oh woah ! Bill Murray ! (rires)

Que fais-tu après l’été ?
On va jouer avec Bon Iver sur la côte Ouest, puis quelques dates sur la côte Est et ensuite nous revenons en Europe !

Après un petit quart d’heure d’interview je file vers la salle et m’installe au premier balcon pour profiter du concert de Chelsea Wolfe qui a déjà commencé depuis quelques minutes. La demoiselle est accompagnée d’un acolyte sur scène, véritable magicien électronique et psychédélique. Chelsea Wolfe prend à contrepied la musique folk et envoie valser tous les à priori du style. Elle envoûte le public par sa sorcellerie et l’emmène voyager dans de sombres rêves/cauchemars aux parcours tumultueux. Son costume de scène symbolise l’atmosphère musicale de l’Américaine : robe blanche recouverte d’un grand voile noir accompagné de dentelle devant les yeux. Comme un combat constant de la lumière du folk contre les ténèbres de son esprit torturé. Chelsea Wolfe distille sa musique par petites touches. L’ambiance est intimiste, le public attentif.

Josh T. Pearson enchaîne avec un set un peu ennuyeux et J. se dirige vers le concert de Other Lives :

A la manière de Jesse Tabish en interview, la musique de Other Lives semble apaisée, en accord avec leur état d’esprit et leurs envies. Le dernier album Tamer Animals n’est que le deuxième des Américains, et pourtant on sent déjà une véritable progression dans leurs compositions. Rappelant Arcade Fire pour leur production léchée et leur plétoire d’insruments ou Fleet Foxes pour leur folk aérien, parfois énergique, Other Lives est un groupe dans lequel il est légitime de placer beaucoup d’espoir pour l’avenir (et le bien !) du folk et de la musique en général !

Certains morceaux, les singles comme « For 12 » ou « Tamer Animals » se détachent vraiment du lot et augurent le meilleur pour la suite. De bout en bout le groupe reste concentré sur sa musique et l’ensemble du set proposé est d’un niveau soutenu. Pourtant, il manquerait peut être à Other Lives ce petit grain de folie qui nous permettrait d’être véritablement « sur le cul ». Je suis convaincu qu’après cette première grande tournée européenne et avoir engrangé une certaine expérience, le groupe parviendra davantage à lâcher prise et nous proposer des concerts d’une ampleur dignes de leur talent !

Et G. dans tout ça ? On le retrouve au concert de Cat’s Eyes :

J’avais vu – et pas mal apprécié – un live de The Horrors aux Transmusicales il y a quelques années ; mais « l’habillage » et leur posture y étaient pour beaucoup, et j’avais déduit que c’était davantage un groupe de forme que de fond (puisque, par ailleurs, je n’étais pas vraiment fan des albums). J’étais alors curieux de voir ce que Faris Badwan peut faire dans un autre contexte, avec ce side project Cat’s Eyes. Le début m’attire, le live a toute mon attention et ma bienveillance, je crois entendre du potentiel à me plaire, mais dès la seconde balade ça se révèle être un pétard mouillé (alors qu’il ne pleut plus depuis hier). Pour faire du mauvais esprit, j’ai eu l’impression d’être face à un mec amoureux qui veut faire plaisir à sa nana en lui « offrant » un groupe ; plat, romantico-lugubre, ennuyeux.

C’est l’heure des Fleet Foxes ! La parole est à J. :

Ciel sans nuage, soleil couchant, public souriant, la musique de Fleet Foxes s’impose dès les premières notes comme une BO parfaite de ce moment privilégié, climax de cette 21e édition de La Route du Rock.

Le son est à la hauteur de mes espérances et la voix de Robin Pecknold accompagnée des chœurs des autres membres se dégage nettement des instruments et notamment des guitares. Car oui, Fleet Foxes est avant tout un groupe de guitares, accompagnées par une rythmique parfaite et des thèmes mélodiques envoutants. Le groupe dégage vraiment une belle énergie et joue avec un plaisir non dissimulé, alternant des morceaux de l’album< Helplessness Blues (2011) et d’autres de Fleet Foxes (2008) comme faisant partie d’une même œuvre, belle et majestueuse. L’ensemble des festivaliers semble sous le charme de ces joyeux américains venus porter la bonne parole de la musique folk à travers l’Europe !

Qu’en pense G. ?

Dès le premier morceau, j’ai l’impression d’être télétransporté au Festival Interceltique de Lorient, et j’ai peur de voir Tri Yann débouler des backstages pour reprendre La Jument de Michaud avec eux. Je ne vais pas plus loin dans le cynisme pour ne pas risquer de recevoir des menaces de mort du collectif de défense « la folk mon amie », mais je précise néanmoins que d’après l’ami F., bien plus spécialiste que moi en matière de folk, le set a sonné comme du « mauvais Simon & Garfunkel, trop produit, trop lisse, trop d’instruments, pas assez d’âme » ; je le crois sur parole, et je vais au stand du fond manger une pizza.

J’avais déjà été très agacé et refroidi par les poses de faux dandy à minettes du chanteur de Crocodiles lors des Transmusicales 2010. Leur manquerait plus que le costard étriqué et la cravate étroite; j’aime pas leur musique, j’aime pas le buzz journalistique fake créé autour de ce groupe. Donc je fais l’impasse, et je vais faire un tour au stand des labels indépendants où il y a toujours des choses à prendre et à apprendre, je lis et relis le Paplar, je salue David chanteur de Cheveu (en concert à la Route du Rock, dans la prog off du festival, et auteur de billets d’humeur dans le Paplar de cette année), et je discute de Nisennenmondaï avec un inconnu (qui m’a interpellé parce que je portais le t-shirt des Japonaises) et de leur possible programmation aux Transmusicales de cette année.

J’avais décidé depuis longtemps que je bouderai Mondkopf, l’ultime set de cette édition 2011, parce que 1/ je n’aime pas trop ça et 2/ je veux crier haut et fort mon désaccord concernant la déprogrammation de Crystal Castles (remplacés, donc, par le jeune Mondkopf).

Donc, il est plus d’une heure du matin, nous sommes dans la nuit de dimanche à lundi, que reste-t-il à me mettre sous l’oreille pour cette dernière soirée jusque-là bien faible ? Et bien il me reste le meilleur set de la soirée, le jouissif Dan Deacon et ses bidouilles. Comme à chaque fois que je l’ai vu, Deacon, physiquement à mi-chemin entre un Etienne Jaumet habillé en fluokid et le vendeur de BD dans Les Simpsons, met totalement en scène son show. Il n’est pas là pour faire de la musique mais pour dire la messe, c’est un gourou qui puise son énergie sonore d’un public dans lequel il se fond, et qu’il façonne à sa guise. Dan est énorme pour la minuscule scène, il déborde de toutes parts, il nous fait faire des chorégraphies grotesques et ludiques, nous sommes ses jouets, on est au jardin d’enfants et il est la maîtresse, celle qui autorise les bêtises, celle même qui nous incite à en faire. Son set est joyeux, psyché, perché, et derrière cet arbre-fête se cache sa forêt-musique, compos solides et amples, univers singulier et inviolable, orgasme auditif, petite mort.

Ça clôture le festival 2011 comme on le souhaite, comme on se décharge d’un cri intérieur, une fatigue saine dans les mollets et les poumons, voilà, c’est fini, on a franchi la ligne d’arrivée, on est essoufflé. Et on refera volontiers la course l’année prochaine.

J. décide de rester jusqu’au bout et assiste au concert de Mondkopff qui clôture le festival :

Après une « pré-chauffe » énorme orchestrée par Dan Deacon, Mondkopff a devant lui un public dans l’humeur et n’a plus qu’à envoyer du son surpuissant comme il sait si bien le faire.

Petit pépin technique après quelques minutes de concert. Tout s’arrête. L’ordinateur du DJ affiche un message d’erreur.
Autour de moi tout le monde est un peu perdu et l’étrange sensation que tout ça ne tient qu’à la bonne volonté d’une simple machine fait un peu flipper. Qu’importe ! Le problème est réglé en quelques minutes. Redémarrage en mode sans échec pour le public ! Il reste encore un peu de ressources sans la jauge d’énergie de chaque festivalier après 3 jours de festival et c’est le moment de tout donner, on dormira quand on sera mort ! A ce moment là il n’est pas question d’aimer la musique électronique ou pas. On profite de l’instant, un point c’est tout.

Une grande claque pour finir.

La Route du Rock 21ème édition tire le rideau. Pour sûr, on reviendra ! Rendez-vous à La Route du Rock d’hiver en février 2012.

Le Choix remercie toute l’organisation du festival et particulièrement Stella pour son accueil ainsi que tous les Bretons !

Et merci à vous deux, G&J ;)

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