Critique de « Wild Smile » (2010) de Suckers

  • 7 novembre 2010
  • Par Eddie
Suckers
Wild Smile
Label : Frenchkiss (site)
Sortie : 8 juin 2010
Stéréotypes : Pop
Acheter (mp3, ~7€)

Cette tronche de Mandrillus sphinx (c’est pas un babouin ; oui, j’ai fait mes devoirs) est plutôt inquiétante, ne trouvez-vous pas ? Allez, je fais ma Houellebecq : « les mandrills vivant en groupes important et souvent dans un habitat forestier, il est difficile de connaître la position hiérarchique de l’ensemble des individus de la troupe »1. Est-ce que l’un des membres de Suckers a entendu ça sur Discovery Channel un jour et s’est dit : « Hé, mais, héé, hé ! » (j’fais ça quand j’ai une illumination, c’est mon eurêka à moi) ? En effet, sur scène, le groupe se présente souvent costumé, le visage peint, et, comme les mandrills, il est difficile de déterminer qui est le leader : ils chantent tous et jouent plusieurs instruments chacun, parfois simultanément ! Bref, c’est une bande de joyeux-drilles new-yorkais, et leur musique leur ressemble : pop, fun et délirante.

Yeasayer, MGMT, Chairlift et maintenant Suckers, ils sont tous basés à Brooklyn et produisent des albums aussi colorés que possibles, adorent les costumes et se barbouiller le visage (surtout MGMT et Suckers pour les deux derniers). De ces quatre-ci, Suckers a désormais ma préférence, d’assez loin après les horreurs sorties cette année par Yeasayer et MGMT, Wild Smile étant la plus généreuse dose de fun musical que j’ai pu entendre ces dernières années ! Difficile d’écouter quoique ce soit dans l’heure après vous être fait cette galette de onze morceaux de pop survoltée et euphorisante !

Tout est là : refrains chantés en harmonie, cuivres, percussions diverses et variées, guitares crystallines, des petites touches d’électronica, ça sifflote, ça hurle, ça part dans tous les sens… Gros coup de chapeau au batteur, Brian Aiken, qui réussit à faire tenir tout ça en place tout en couvrant au fil des morceaux un nombre délirant de styles différent. En un EP et un album, Suckers a réussi à imposer leur personnalité, leur identité musicale, une sorte de mélange entre Flaming Lips, Beirut et n’importe quel autre groupe qui arrive à faire lever les bras en l’air et sourire n’importe quel public parce que c’est la seule réaction possible en écoutant des hymnes comme « Save Your Love For Me », « It Gets Your Body Movin' », « Black Sheep », « A Mind I Knew » et « Loose Change » qui clôt l’album, soit à peu près la moitié de l’album ! Ce sont définitivement les meilleurs morceaux du disque, de bonne grosses portions de pop que je ne me lasse pas de déguster.

Des trois morceaux qui précèdent « Loose Change », seul le bowiesque « 2 Eyes 2 C » a vraiment réussi à me convaincre pour le moment. Je dis pour le moment car certains morceaux se « révèlent » à moi plusieurs mois, parfois même plusieurs années après leur première écoute. Mais bon, je doute que ce soit le cas pour « King of Snakes » où la sauce ne prend tout simplement pas.

Le chanteur principal (on va dire ça comme ça), Quinn Walker, mérite aussi quelques louanges : avec tout ce qui se passe musicalement derrière lui, il réussit à garder la tête largement au-dessus des flots et impose son chant, en n’hésitant pas à faire péter un falsetto rocambolesque sur « Save Your Love For Me ». J’ai parfois du mal à croire qu’il s’agit du même chanteur que sur « Black Sheep » ou « Roman Candles ». Il s’adapte aux changements de styles sans problèmes, ce qui participe à l’extraordinaire cohérence de l’album.

C’aurait pu être un bordel sans nom, c’est le risque quand vous faites une musique aussi diverse, quand aucun morceau ne ressemble à un autre et que vous vous êtes donnés pour mission d’utiliser plus de dix instruments en même temps alors que vous n’êtes que quatre. Wild Smile est un premier album très réussi qui devrait séduire les amateurs des groupes précédemment cités et/ou de pop bien léchée.

PS : J’crois que j’ai atteint mon quota de métaphores gastronomiques pour l’année.
1 http://fr.wikipedia.org/wiki/Mandrillus_sphinx

Il y a 5 commentaires.

  1. Vus en première partie de YEASAYER à Paris le 26 octobre dernier et c’était en effet prometteur. Hâte d’écouter. Par contre, moi, je recommande Odd Blood de Yeasayer (certes beaucoup plus pop et tubuesque que le premier album mais je trouve tout aussi fascinant et addictif), ainsi que le second album de MGMT dont l’ambition et la complexité de découvre au fil des écoutes et du temps. Chère Eddie, il est temps de réécouter ces deux albums parus au début de l’année 2010 et de les réévaluer.

  2. In reply to Lepithec

    Aussi ambitieux et complexe qu’il puisse être, je n’aime toujours pas du tout l’album de MGMT… Déjà le premier seuls 4 ou 5 morceaux me plaisaient vraiment, le reste pas du tout.

    Quant à Odd Blood, je vais le réécouter également. Seuls « Ambling Alp » (un morceau génial) et les deux derniers morceaux (si j’me souviens bien) m’ont plu, sinon j’étais vraiment déçue..

  3. Merci, le dernier album de MGMT a trop été plébiscité.

  4. In reply to Corentin Merck

    Il a aussi été trop haï. C’est l’ennui dès qu’un groupe indie devient connu, on tend très facilement vers les extrêmes. Mais pour le coup, et à mon avis, ce disque était vraiment horrible ^^

  5. un instant j’ai cru que tu allais nous parler de Mandrill, groupe funk-jazz des années 70 qui a fait quelques albums bien déments.

    je te les recommande :-)

    PS : quelle plaie ces mgmt, impossible d’écrire une chronique sans qu’ils se radinent et pourrissent la soirée ^^

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